La Mort à soi-même

En 2016, doit-on encore mourir à nous-même ?

« Un certain vendredi matin, Anatole* alla comme à son habitude faire du mentorat avec le pasteur Jacob*. Il commença naturellement, à lui raconter les périples qu’il a vécu tout au long de sa semaine Factory ainsi que les divers challenges qu’il aurait pu rencontrer.

Anatole était loin de s’imaginer que ce vendredi qu’il avait plutôt bien commencé allait prendre une toute autre tournure...

-Anatole, où en es-tu avec la mort à toi-même ?  Lança Jacob.

Surprit, Anatole répondit :

-Euh ouais, je suis plutôt assez mort à moi-même en général...

-Tu en es sûr ?

-Ouais ben je dépense assez peu d’argent, J’offre des choses aux gens, et par-dessus tout, quand il reste un biscuit dans un plat, je le laisse pour les autres !

Au fur et à mesure de ses réponses, Anatole remarquait que celles-ci ne correspondaient pas à ce que le pasteur attendait.

Jacob commença donc à lui expliquer qu’est-ce que signifiait réellement la mort à soi-même. Il lui dit qu’il fallait être prêt à abandonner sa propre personne, laisser de côté son orgueil et faire place à l’humilité. D’être prêt à être humilié pour Jésus et qu’au travers de cette humiliation, en découlerait une force, avec laquelle plus rien ne pourrait l’atteindre.

Sur ses paroles, Anatole faisait moins le fière, il comprit que la mort à soi-même était quelque chose de sérieux et que c’était le moment pour passer à une étape supérieure... »

Tiré d’une histoire vraie

 

Voilà comment j’en suis arrivé à m’intéresser à ce thème. Oui, car j’en suis sûr, plusieurs se demandaient « mais pourquoi un thème si joyeux… » Pour moi également c’est une histoire relativement récente !

Je crois que la mort à soi-même est avant tout une transformation de cœur, et que l’humilité est un point clé pour progresser dans se reniement de soi. Malheureusement notre orgueil, qui pour moi regroupe la fierté, la lâcheté, l’égocentrisme, notre chair, est un puissant frein à l’action de Dieu dans nos vies. Je définirais donc l’humilité comme une ouverture de cœur et l’orgueil comme une fermeture de cœur. La mort à soi-même, en tant que transformation de cœur, nécessite donc de nous d’être humbles.

Dans Jacques 4.6 il est écrit : « Dieu s’oppose aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. » On remarque donc que les deux ne sont pas fait pour s’entendre. Il y a un sérieux combat entre l’un et l’autre. Dans le cœur de chaque être humain se trouve également ce combat entre ce qui est bon et ce qui est mauvais, une des conséquences de la chute. C’est une lutte entre notre chair et notre esprit,. Dans beaucoup de situation, nous avons ce choix à faire, regarder à Dieu et accomplir ce qui est juste ou regarder à nous et chercher notre propre intérêt, ce qui nous arrange le mieux et ce qui nous demandera le moins d’effort.

J’ai constaté que l’être humain, autant au travers de moi-même qu’au travers des autres, réagi avec beaucoup d’impulsivité lorsqu’il est hors de sa zone de confort. Avec du recul, ce sont souvent des réactions que l’on regrette. C’est à nouveau l’orgueil qui nous pousse à réagir ainsi. La situation la plus fréquente, c’est lorsque l’on touche à notre identité ou à celle de nos proches. La mort à soi, nous apprend à ne pas réagir sous l’impulsivité, mais d’être maître de soi, paradoxale en étant mort...

En prenant conscience des diverses réactions que notre chair nous pousse à avoir, j’ai saisi qu’en restant dans l’orgueil, je ne laissais aucune place au changement dans ma vie. Ma fierté me pousse à ne pas accepter mes défauts. Et à rester patauger dans mes soucis. J’entends parfois des gens dire : « ouuuaaaaiiis, mais je suis comme je suis, je ne peux rien y changer… » Et là on touche un point important, c’est que l’on ne sait souvent pas qui l’on est. L’identité en Christ… Je crois qu’il y a cette dualité dans la mort à soi-même, devenir qui Dieu dit que je suis et parallèlement renoncer à ma vielle nature. 

Petit rappel, l’humilité est une ouverture de cœur et l’orgueil est une fermeture de cœur.

L’orgueil est l’une des plus grandes forteresses entre Dieu et nous, et dans notre marche personnelle avec Lui. L’orgueil nous empêche d’accepter la grâce, parce qu’on se dit que l’on a péché une fois de trop, que cette fois-ci il ne nous pardonnera pas. L’orgueil nous empêche de passer du temps avec Dieu, parce qu’on pense qu’on a mieux à faire à ce moment-là, qu’on n’a pas forcément besoin de Lui pour ce choix précis, que cette épreuve-là, on devrait réussir à la gérer tout seul. C’est l’orgueil également qui nous empêche de faire la différence dans ce monde parce qu’on a peur des représailles. C’est l’orgueil et l’égocentrisme qui nous font pécher continuellement et qui nous enchaîne dans des dépendances. J’insiste sur des domaines où l’orgueil a de l’emprise pour que tu puisses saisir la portée que celui-ci peut avoir dans ta vie et pour que tu puisses éventuellement commencer une démarche de mort à toi au travers de ces points.

L’humilité ouvre les portes de nos cœurs pour que Dieu puisse agir. Sans ça Dieu ne peut pas faire son œuvre. Dieu ne va pas nous forcer, c’est notre choix et notre disposition de cœur qui lui donne le feu vert pour qu’il nous transforme.

Le fait de nous humilier nous rabaisse pour permettre à Dieu d’être à Sa juste place dans nos vies. Il faut qu’il grandisse et que moi je diminue. (Jean 3.30)

Maintenant, il y a une question que tu peux te poser : « Est-ce que je ne sers réellement qu’un seul maître ? »

Jésus nous appel à en servir qu’un seul sinon l’un va prendre le dessus sur l’autre. Tout ce qui t’empêche d’aimer Dieu, qui s’interpose entre toi et ton obéissance à Jésus est une idolâtrie, et ton cœur n’est donc pas attaché à Jésus seul. Ton cœur appartient à un autre trésor. Jésus nous appel à être attaché à un seul trésor, c’est-à-dire Lui seul. La mort à soi-même nous demande de renoncer aux trésors terrestres pour acquérir des trésors célestes, qui sont éternels. Et en 2016 dans le contexte occidental, nous avons toute une panoplie de trésors alléchants, mais bel et bien éphémères. Humilions-nous et redirigeons nos regards vers Dieu seul afin qu’il puisse nous travailler et nous rendre comme Lui veut que nous soyons !

Pour terminer, Jean au chapitre 12 verset 24 nous donne une image pertinente : En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s'il meurt, il porte beaucoup de fruit. Le renoncement à soi-même, mène à une résurrection, suivie de beaucoup de fruits ! Je crois que la mort à soi-même, est une étape progressive dans les différents domaines de nos vies. Prenons l’exemple de l’expression en public ; lorsque tu t’engages dans un poste à responsabilité dans l’église, tu peux facilement être amené à prendre la parole devant plusieurs dizaines de personnes, soit lors d’une prédication, un enseignement ou pour gérer des équipes. Tu seras d’accord avec moi si je dis que ce n’est pas donné à tous d’être à l’aise.

Pendant mon année Factory, il m’a été demandé de faire plusieurs choses que je n’avais jamais faites auparavant. Prêcher a été celle qui m’a demandé le plus d’efforts, j’ai dû renoncer à ce que je pensais de moi et laisser Dieu faire de moi ce qu’il voulait. Je ne crois pas avoir fait un carton, mais je me suis senti capable en Dieu de relever ce défi.

Je te laisse sur ces quelques lignes de Dietrich Bonhoeffer tiré du livre « Vivre en disciple. Le Prix de la Grâce » qui lui, à mon humble avis, était proche d’une totale mort à lui-même.

« … Être prêt à tout laisser si on me le demande, c’est être prêt à se contenter de Jésus Christ, à vouloir le suivre lui seul. C’est en renonçant volontairement à riposter que se confirme et s’affirme le fait que celui qui suit, qui suit Jésus lui est lié inconditionnellement, que se confirment et s’affirment la liberté, le caractère libre de tout lien avec le « moi ». Et précisément dans l’exclusivité de ce lien, le mal peut être vaincu. »