L'estime de soi

L’estime de soi a une importance primordiale dans notre quotidien et ne dépend que de nous. Elle influence nos choix, notre bien-être psychologique, notre comportement, notre relation aux autres et à Dieu. Une mauvaise image de soi peut déformer notre interprétation d’une parole dite à notre égard. L'estime agit donc comme un filtre au travers duquel nous percevons la réalité. Je vous écris à ce sujet, car j’ai pu constater dans ma vie qu’une meilleure estime de moi-même a procurée une amélioration de mon quotidien. Et c’est toujours un sujet qui m’interpelle beaucoup.

Je crois que bien souvent, je me prive de la grâce de Dieu simplement en me croyant incapable d’accueillir son action. Je cultive la pensée que je suis moins important que de grands hommes de Dieu connus à qui tout semble réussir. Je perds confiance en moi et au final je me convins que l’action de Dieu ne se manifestera pas. Le plus grand drame dans tout cela, c’est que ce système de pensée arrive à son terme avant même que j’ai le temps d’entamer ma prière à Dieu. Ainsi, je demande l’aide de Dieu en étant convaincu qu’il n’agira pas. Malheureusement, je sais que je ne suis pas le seul à passer du statut de vainqueur à celui de perdant simplement par un manque d’estime de soi. Il est donc capital de se pencher sur le sujet pour discerner ce qu’est une juste estime de soi!

Pour commencer, nous devons éliminer toutes ambiguïtés de définitions. En effet, ce qui nous intéresse n’est pas tant de savoir qui nous sommes ou comment avoir confiance en nous. Nous recherchons ce qu’est une estime de soi à la gloire de Dieu. Je définirai donc l’identité comme notre valeur intrinsèque. C’est une donnée fixe et invariable malgré nos actions. Notre identité définit qui nous sommes. La perception que nous avons de cette identité, elle, varie et c’est là tout l’enjeu ! L’estime de soi serait donc le regard que nous portons sur notre valeur ? Il m’arrive d’entendre qu’une personne a une haute estime d’elle-même pour dire qu’elle se voit plus grande qu’elle ne l’est en réalité. Dans ce cas nous considérons le mot « estime » dans le sens du prestige. Si l’estime de soi était un jugement de valeur, il pourrait-être bon ou mauvais, juste ou erroné, mais il ne peut pas être élevé. Je définirai donc l’estime de soi comme la valeur que nous attribuons à notre identité au travers du regard que nous portons sur celle-ci. C’est donc le résultat de notre auto-évaluation.


Mais avant de définir ce qu’est une juste manière de valoriser notre valeur, le dernier point que je désire clarifier concerne la confiance en soi. Elle est intimement liée à l’estime de soi, mais se manifeste dans l’action. En d’autres termes, c’est la capacité à se sentir capable.

Nous nous accorderons sur le fait que nous voir tel que nous sommes serait la manière la plus parfaite de nous estimer. Cependant, pour atteindre cette juste estime, il nous faut d’abord savoir qui nous sommes. Le lien entre l’identité et la juste estime de soi est donc extrêmement fort. Sur quoi devons-nous baser notre regard pour nous évaluer ? La psychologie nous informe que l’estime de soi se développe beaucoup durant l’enfance au travers des parents. Elle se baserait également sur le fait d’agir en cohérence avec ses valeurs, sur ce que les autres pensent de nous, sur les notes scolaires, les expériences de vies, etc. Tout cela est très juste, mais en introduction je commence par affirmer que l’estime de soi ne dépend que de nous. Cela semblerait logique, mais si nous tenons compte de ces critères nous remarquons qu’en réalité nous nous construisons beaucoup dans notre lien avec les autres. Est-il donc impossible de nous construire solidement ? Sommes-nous contraints à vivre en fonction des aléas de la vie, avec tantôt des hauts lors de grandes réussites, et tantôt des bas lorsque tout s’effondre avec des disputes ou des échecs professionnels ? Je ne le crois pas !


En tant que chrétiens nous ne pouvons pas nous positionner ainsi. Nous avons entre nos mains une arme extraordinaire : la vérité ! Dieu détient toujours la vérité et il nous la rend accessible. Il nous voit tel que nous sommes réellement et lorsqu’il nous dit qui nous sommes il n’y a aucune raison de douter que c’est là notre vraie valeur. Nous devons donc nous estimer tel qu’il nous estime et nous voir tel qu’il nous voit. Je vous accorde qu’il est bien plus facile de le dire que de le faire, mais ce n’est qu’ainsi que nous pourrons atteindre une juste estime de soi. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons nettoyer ce filtre qu’est l’estime de soi et voir à nouveau la réalité sans la déformation opérée par le mensonge.

Que faire donc de tout ce sur quoi nous nous sommes basés jusqu’à présent ? Devons-nous tout considérer comme mensonge et jeter à la poubelle toute notre expérience ? Non, ce que j’essaie d’expliquer, c’est que baser notre auto-évaluation sur ce que Dieu dit et pense de nous va nous permettre de nous attribuer une juste valeur de nous-même. C’est une méthode infaillible puisque Dieu lui-même est infaillible. Pourquoi aller chercher ailleurs ce qui est vraiment vrai ? N’est-ce pas la preuve d’un doute de la véracité de la parole de Dieu ? Il nous faut donc déconstruire notre estime de nous basée sur ce que le monde dit. Et globalement de tout autre facteur que celui de la vérité de Dieu. Dans un même temps, nous devons reconstruire cette estime sur la vérité. Cela ne signifie pas que tout le reste n’est que mensonge. Par exemple une parole valorisante resterait un encouragement, mais uniquement si elle s’inscrit dans le cadre de ce que Dieu pense de nous. Le filtre n’est plus définit par un mélange d’avis et d’expériences, positifs et négatifs, mais par la vérité de Dieu.

Dans la bible, l’histoire de Gédéon (Juges 6-9) illustre assez bien ce changement de paradigme. Israël est opprimé par Madian et lorsque les israélites crient à Dieu (6.6), celui-ci descend vers Gédéon et l’appel « vaillant héros » (6.12). Gédéon, lui, était loin de s’attribuer une si grande valeur. Il répond donc à Dieu en affirmant être le plus petit dans la plus pauvre des familles de la tribu de Manassé (6.15). Cette vérité de Dieu était difficile à accepter pour Gédéon, mais il se mit en route pas à pas dans ce que Dieu lui demandait de faire après l’avoir vu se manifester. Au final c’est au travers de lui que Dieu a délivré le peuple d’Israël de l’oppression madianite.


Il y a plusieurs choses à retirer de cette histoire. La première est que Dieu ne nous voit pas de la même manière que nous nous voyons et que si nous n’acceptons pas de croire en ce que Dieu dit de nous, nous ne pouvons pas entrer dans les œuvres qu’Il a préparées d’avance pour nous. Ce qu’il a fait dans un premier temps c’est de renverser l’autel de Baal de son père. Dans l’obéissance à Dieu, il s’est ainsi mis toute la ville à dos (6.30). Il a accepté de laisser tomber son entourage, sa famille, son travail et des croyances familiales, supposés être les éléments principaux qui construisent notre estime de soi, pour suivre la vérité de Dieu sur son identité. C’est un bel exemple pour montrer l’efficacité de déconstruire la mauvaise estime de soi et la reconstruire sur notre vraie valeur. Cela lui a permis de devenir le vaillant héros qu’il était.


Le deuxième élément que je souhaite souligné est le fait que s’il était resté focalisé sur lui-même, il n’aurait jamais pu accomplir cet exploit. Du fait que Gédéon n’était pas focalisé sur ce qu’il pouvait accomplir, mais sur ce qu’il pouvait faire pour servir Dieu, il a pu suivre les plans de Dieu pas à pas au jour le jour et vivre ce qu’il devait vivre dans le présent. Autrement, il aurait été trop focalisé sur le futur pour être disponible à l’action de Dieu dans sa vie présente. Avoir une juste estime de soi est synonyme d’être humble, car tous deux impliquent de savoir qui nous sommes. Hors, comme C. S. Lewis le dit : « L'humilité ne signifie pas avoir une moins bonne opinion de soi, mais moins penser à soi ». Lorsque nous avons une juste estime de nous-même nous savons qui nous sommes. Nous savons donc également que Jésus nous appel à être des serviteurs. En Matthieu 23 : 11 Jésus dit : « Le plus grand parmi vous sera votre serviteur ». Il faut penser moins à soi pour mieux être dans une posture de service et ainsi laisser Dieu agir. Et en laissant Dieu agir à travers nous, nous entrerons dans les œuvres qu’Il a préparées d’avance pour nous.

Une juste estime de soi est donc basée sur ce que Dieu dit de nous, nous assure de vivre dans l’humilité et de rentrer dans les projets que Dieu a pour nous dans le futur. J’ai insisté sur ce point, car nous pourrions penser qu’une juste estime de soi consiste à se savoir incapable de réaliser les projets de Dieu pour nous. Le problème est qu’en suivant cette pensée nous nous tenons dans une posture égocentrique où l’important n’est pas de savoir comment servir, mais comment accomplir des exploits. Si nous nous sentons incapable d’accomplir notre destinée, cela signifie par définition que nous n’avons pas confiance en nous-même. Hors, dans l’histoire de Gédéon, Dieu l’incite à grandir dans sa confiance en lui lorsqu’il le nomme « vaillant héros ». Dieu ne cherche pas à troubler sa confiance en lui en l’appelant à faire de grandes choses. Une juste estime de soi implique donc directement d’être focalisé sur le service. Et c’est pour notre bien !

Pour terminer, je vais définir plus précisément ce qu’est une juste estime de soi en explicitant ce que Dieu dit de nous. Et pour ce faire je vais prendre le meilleur exemple qui nous ait été donné : Jésus ! Lors du baptême de Jésus, les cieux se sont ouverts et une voix venant du ciel lui a dit : « Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j'ai mis toute mon affection. » (Marc 1 : 11). Le Père lui a dit quel était sa valeur à cet instant. Et c’est sur cette base que Jésus a fondé son estime de lui-même. C’est cette même base que le diable attaque dans le désert. Satan répète en effet à plusieurs reprises « Si tu es le Fils de Dieu… » (Matthieu 4 : 1-11) pour émettre un doute sur la véracité de ce fait. Prenons donc ces paroles pour nous et remettons-nous en phase avec cette réalité-là chaque jour.

En conclusion, nous sommes pleinement acteur de l’estime que nous avons de nous-même et c’est notre rôle de nous repositionner au quotidien en tant qu’enfants de Dieu aimés par Lui. Nous avons besoin de refonder notre estime de soi sur cette base solide en déconstruisant ce qui n’est pas fondé sur notre nouvelle identité en Christ. Nous devons apprendre à vivre dans l’humilité du service, car c’est une implication directe d’avoir une juste estime de soi. Et ainsi nous pourrons vivre pleinement dans le service à Dieu, entrer dans les plans que Dieu a en réserve pour nous et retrouver une bonne vision de la réalité.